Cannes : le rouge et le noir
Rouge comme le tapis, foulé par les plus grandes stars du monde et les tops modèles parce qu'elles le vaudraient bien, irréelles et inaccessibles dans leurs tenues de gala, rivalisant d'élégance évoluant en robes haute couture, le pied, cambré dans des chaussures à talons haut, très haut, qu'elles dévoilent en soulevant délicatement leur vêtement de contes de fées pour la montée des marches.
Noir profond comme la tonalité des films sélectionnés qui reflètent les violents soubressauts d'une époque ayant bien du mal à trouver du sens.
Les films se font documentaires, une tendance si forte qu'il faut bien se demander si le cinéma ne se fait pas journalistique à l'extrême, inscrivant les scénarii dans une perspective sociétale et politique avec une liberté d'expression que les journalistes même les mieux intentionnés ont bien du mal à pouvoir s'offrir, pressés par le temps et les événements.
A Cannes, le réel s'invite dans les salles obscures : le Che rejoue sa guérilla, la mafia recrute à tout va, les sans-papiers offrent de lucratifs commerces pour les individus sans scrupules, les palestiniens sont massacrés à Sabra et Chatila, .... et dans les rues cannoises, ceux-là mêmes qui ont mis en scène ces histoires terribles et en ont interprété les protagonistes, incarnent un luxe à l'excès.
Ce paradoxe est-il soluble dans le regard des cinéphiles ?