"La directive de la honte"
Il a fallu trois années aux 27 pays de l'union européenne pour parvenir à un projet de loi très controversé de directive harmonisant les conditions de reconduite à la frontière des étrangers sans papiers, qualifié de «directive de la honte» par ses opposants.
La durée maximale de détention est fixée à six mois, adoptant la norme en vigueur en Grande Bretagne et en Allemagne. La durée maximale était en France de 32 jours. La durée pourra être prolongée de douze mois dans certaines circonstances, par exemple : refus du pays d'accepter le retour de son ressortissant. Les enfants pourront également être détenus. Le texte fixe à cinq ans l'interdiction de pénétrer sur le territoire de l'UE.
Les députés européens ont obtenu de rendre obligatoire une assistance juridique aux personnes expulsées, lesquelles ont un droit de recours contre la décision d'expulsion.
La dureté de ce texte accrédite une "chasse au clandestin" sans que soient faites des propositions pour l'accueil des étrangers. Les grèves de travailleurs sans papiers ont mis en lumière une situation paradoxale : la réticence à régulariser les immigrés illégaux qui occupent des postes dans certains secteurs d'activité réellement en manque de main d'oeuvre.
Ces travailleurs sans papiers produisent des biens et des services. Ce sont aussi des consommateurs et souvent des contributeurs fiscaux. Ils participent à part entière à l'économie des pays dans lesquels ils se trouvent.
L'Europe aurait pu pousser sa réflexion au-delà de la seule composante de l'expulsion en élaborant des statuts pour les travailleurs sans papiers et leur famille, pour les familles d'immigrés dans lesquelles l'un des membres est en situation illégale. Ce n'est pas "accueillir toute la misère du monde" c'est être cohérent en leur reconnaissant une place dans la société à laquelle ils contribuent et non pas les traiter comme des délinquants.
Ce compromis doit être voter par le Parlement européen, les députés sont partagés. Reste à espérer que leur choix ne nous fera pas honte !