Un prêt "gagnant- gagnant"mais qui sont les gagnants ?
Alors que le choeur des ministres, nous chante tous les matins et sur tous les tons "tout va très bien, Madame la marquise", l'Etat n'en éprouve pas moins le besoin d'injecter une dizaine de milliards d'euros dans six banques françaises.
Christine Lagarde explique que cet apport va permettre aux banques de soutenir «pleinement le développement du crédit aux ménages, aux professionnels, aux entreprises notamment PME et aux collectivités locales tout en maintenant leur haut niveau de solvabilité ».
Les banques se sont ainsi engagés à augmenter de 3% à 4% leurs encours de crédit à l’économie ainsi qu’à adopter des « règles éthiques en matière de rémunération des dirigeants » (plafonnement des indemnités de départ, installation d’un comité des rémunérations, ... ). « L'Etat ne fait pas de cadeau aux banques. Ces mesures généreront des rémunérations substantielles pour l'Etat », a souligné Christine Lagarde.
Encore un effort pour que nous versions une larme devant tant de nobles résolutions. Là, il me faudrait un cours d'économie pour comprendre une stratégie dite "gagnant-gagnant". Si j'ai bien compris (je n'en suis pas du tout sure) l'Etat emprunte de l'argent sur les marchés et prête 10,5 milliards d'euros aux banques au taux élevé de 8%. Celles-ci vont octroyer avec sagesse et parcimonie des crédits aux particuliers et aux PME (à quel taux ?) et ceux-là, dépenseront et investiront, l'argent sera ainsi réinjecté dans l'économie.
Qui gagne quoi ? L'Etat qui se vera rembourser avec intérêt par les banques ? Les banques qui prêteront cet argent ? A vrai dire, je crains que nous ne fassions pas partie du banquet. Y-aurait-il une seule personne dans ce gouvernement qui nous éclaire honnêtement sur cette crise dont on a l'impression qu'elle déshabille Paul pour habiller Jacques...
Plus que l'information dont parfois je n'y entends goutte en matière de macro économie, il est instructif de tâter un peu le niveau d'exaspération et d'incompréhension d'une majorité de personnes à travers les réactions laissées par les lecteurs. Souvent basiques, évidentes mais terriblement humaines... Au hasard :
"J'ai rendez-vous avec mon banquier cet après-midi. Je vais négocier un découvert de 1.000 euros. J'ai déjà eu la réponse négative du conseiller. Mais j'ai insisté et comme je suis à cette banque depuis longtemps... Je me doute de la réponse... Mais si j'obtiens pas ce découvert, je vais envoyer un mail à Christine Lagarde, peut-être qu'elle pourra me trouver une solution, elle? "
"Est-il bien normal que l'Etat français aide la BNP alors que cette banque vient de racheter Fortis et que l'Etat belge est devenu son actionnaire principal ?"
"Le lecteur devinait bien que toutes ces réunions entre banquiers à l'Elysée cachaient bien quelque chose d'inavouable, ça sentait un peu les "petits arrangements entre amis". Et le lecteur avait raison. Car l'arrangement s'effectue par l'injection de fonds par l'Etat sans pour autant que celui-ci ait accès au conseil d'administration (ces fonds ne sont pas des actions). Quant aux amis, ils restent en place, rassurés de savoir que la valeur de leurs actions et stock-options va progresser:
"C’est louche tout ça. On nous dit que les banques n’ont aucune problème de solvabilité, alors pourquoi leur prêter 10.50 milliards d’euros ? Ca ne correspond pas à ce qui avait été annoncé : 320 milliards de cautions pour garantir les prêts interbancaires et 40 milliards de participation dans le capital des banques ayant des soucis. Là on prête à des banques qui, nous dit-on, n’ont aucun besoin de fonds propres ! Incohérent. Plus inquiétant : il s’agit d’emprunts subordonnés, c’est-à-dire qu’en cas de faillite, ils ne seront remboursés qu’après toutes les autres dettes ! "