Naufrage d’immigrés : combien de mots pour ces morts ?
Au G20, ont-ils bien fait le boulot pour lequel ils sont payés, les grands de ce monde ? A peine réussissent-ils à se mettre d’accord sur un point qu’ils se félicitent à tout va, contents d’eux et considérant que le monde ira mieux, grâce à leur dévouement au service de leurs contemporains. Mais les grands de ce monde, ils sont si grands qu’ils ne voient plus ce qui se passent sous leurs yeux. C’est si loin et si abstrait pour eux les pauvres et les miséreux. Et inversement.
Et la presse toujours empressée auprès des grands de ce monde était grandement représentée. Le G20 a pris toute la place dans les pages des journaux, tant de place qu’il ne restait plus rien ou si peu pour les 200 disparus au large de la Libye à la toute fin du mois de mars. D’origine africaine et arabe, ils s’en venaient tenter leur chance en Europe. Plus de 200, ce n’est pas rien tout de même. Quelques lignes dans quelques quotidiens, très peu. A survoler ce qui a été publié sur cette tragédie, il est atterrant de voir que seul le communiqué publié par l’AFP a été repris tel quel ou en raccourci. Pas un envoyé spécial pour interroger les survivants. Rien. Et les grands de ce monde qui devisent sur la crise n’auraient rien perdu de leur superbe à rendre hommage rien qu’une toute petite minute de leur précieux temps, à ces 200 êtres humains, eux les plus vulnérables des victimes de la crise.
Mais dans quel monde vit-on ? 200 morts dans un déraillement de TGV, une explosion dans une usine, un attentat c’est trois jours minimum de couverture médiatique maximale, interviews à tout va, recherche du responsable, mise en place d’une cellule de soutien psychologique etc…
Si les grands de ce monde ont bien fait leur travail au G20, les directions de journaux n’ont certainement pas fait le leur pour ces clandestins. Qui alors les soutiendra et sera leur voix pour démanteler les filières de cet infâme commerce humain ?
"C'est le début de la saison du trafic d'émigration clandestine", a souligné M. Ron Redmond, porte-parole du Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR). Chers directeurs de rédaction, vous allez pouvoir vous rattrapper.