Le tag au musée : un oxymore
En 1971, Taki 183 a été identifié comme l'auteur du premier graffiti qui a fleuri sur les murs de la grosse pomme. Le 21 juillet 1971, le New York time lui consacre un article. Taki 183 est un adolescent de 17 ans qui habite la 183e rue à Washington Heights. Depuis, trois générations de tagueurs ont apposé leurs œuvres sur les murs d’une grande partie du monde. En vieillissant, cet art de la rue s’institutionnalise en partie, se commercialise grandement et perd son côté libertaire et provocateur.
Le tag au musée, un oxymore. L’exposition, actuellement au Grand Palais en est la parfaite illustration. 150 tagueurs, 300 œuvres, la collection de l’architecte Alain-Dominique Gallizia, bien que lumineuse et colorée n’est qu’un pale reflet de ce que cet art peut offrir d’œuvres diverses, riches, bourgeonnantes, interactives, évolutives et imaginatives. L’intention de l’architecte était louable. En ouvrant un atelier pour y convier les grandes figures du graffiti à un exercice codifié, il souhaitait conserver une trace de cet art éphémère par excellence.
Les identifier de par le monde démontrait sa bonne foi. Dans son atelier, les tagueurs ont eu à remplir deux toiles de 60 cm sur 180 cm, l’une était laissait libre et l’autre avec un thème imposé « l’amour », par très subversif et les cœurs colorés sont légion. Les 300 toiles toutes de la même taille sont parfaitement alignées sur les murs du lieu d’exposition.
Il manque, la texture des murs, leur rugosité, leur relief, leur accident de parcours.
Il manque l’espace qui donne de belles envolées picturales.
Il manque l’enchaînement, le chevauchement des œuvres qui s’ensemencent les unes les autres qui dialoguent, évoluent, se recoupent, se recouvrent.
Il manque la spontanéité, le côté sauvage.
Il manque la liberté d’un mouvement naît de la rue, sa subversion, sa poésie et son irrévérence.
Le tag s’accommode mal des murs du musée. Il faut aller voir cette exposition en gardant à l’esprit qu’il s’agit d’un exercice de style plus que du témoignage réel de ce mouvement. Et ceux qui n’ont pas traîner leurs guêtres dans les zones périphériques, les zones industrielles désaffectées et autres lieux où les murs offrent des espaces d’expression organique, l’exposition peut les enchanter.
Informations pratiques :
Etablissement public du Grand Palais des Champs-Élysées
Entrée principale – porte H
Avenue Winston-Churchill
75008 Paris
Accès :
Métro : lignes 1, 9, 13 / Stations : Franklin-D.-Roosevelt, Champs-Elysées-Clemenceau
RER : lignes C / Stations : Invalides
Bus : lignes 28, 42, 52, 72, 73, 80, 83, 93
Ouvert tous les jours de 11h à 19h
Tarifs
Plein tarif : 5 €
Tarif réduit : 3 € (étudiants, demandeurs d’emploi)