Cirque Plume : "L'atelier du peintre"
Le cirque plume vient de présenter sa nouvelle création au théâtre national de la Rochelle. Les artistes ont joué à guichets fermés devant une salle comble et comblée, à chacune de leur représentation. Près de 10 000 spectateurs ont pu assister à cette nouvelle production qui ne perd aucun des charmes de ce qui caractérise cette troupe de baladins.
Après 25 ans de création circassienne, ce cirque conserve sa fraîcheur, son talent et sa poésie. Leur nouveau spectacle prend pour point de départ le plus célèbre d’entre tous les tableaux de Velázquez « Les Ménines ». « L'atelier du peintre, donc… Tu connais « Les Ménines?» C'est un tableau de Velázquez, qui le représente en train de peindre. Velázquez se peint regardant celui qui regarde le tableau. Ce qu'il peint, on ne le voit pas. Et tout au fond, il y a un miroir et dans le miroir, on aperçoit le reflet de deux personnages, on devine que ce sont ses modèles. Dans cet échange de réel, de miroirs de regards, d'aller et retour entre l'œuvre, l'artiste et le spectateur, entre ce qu'on voit et ce qu'on devine, entre le mystère et la représentation du mystère, il y a toute la magie et l'essence du spectacle. ». écrit Bernard Kudlak, directeur du cirque Plume, le 15 mars 2007 dans son carnet de création.
Et de tableaux vivants, mouvants, il en est question dans l'atelier du peintre. L’art pictural convoqué au cirque. La roue tourne avec la belle Kristina Dniprenko en son centre qui la conduit où bon lui semble aux limites de l’équilibre. Et tous, ils « trampolinent », marchent sur le mur, défient les lois de la pesanteur, se répartissent dans l’espace. Ils sont légers, légers, s’envolent au moindre courant d’air, aimablement amoureux et gracieusement joyeux.
Dans la salle, les rires cristallins des enfants que les deux compères Oui Oui et Pedro font jaillir avec leurs facéties. Et la musique de Robert Miny qui fait danser ces magiciens de la scène dans une mise en lumière tout en délicates touches d’ombres et de lumières comme dans la toile du peintre castillan met plus encore en relief la beauté du geste et sa grâce que seul un travail sans relâche des corps peut faire surgir.
Poètes convoqués en contrepoint du spectacle poétique. "L'art monumental ment monumentalement", Prévert l’avait bien dit. Ils le répètent et glissent quelques jeux de mots malins qui, s’ils passent inaperçus, n’ôteront rien à la compréhension de la représentation « Peindre en noir ça Soulage ». Quand bien même, aurais-je minutieusement décrit chacun des tableaux de ce spectacle, qu’il resterait tout à découvrir, d’une sensibilité artistique extrême qui le temps d’un spectacle ouvre les portes d'un univers d’où sont bannis, banalité, violence, pouvoir……
Dès qu’il passe près de chez vous courrez-y.
Se nourrir de beauté et de poésie permet de semer des arcs en ciel sur le monde.