La ruée vers l'heure : l'énigme du temps

Publié le par marine


Une heure de moins et tous les rythmes du quotidien sont bousculés. Le temps, une énigme dont les philosophes ne sont jamais venus à bout. Le temps, familier et énigmatique qui tout à la fois se révèle et se dérobe à nous, a laissé perplexe ceux qui se sont essayés à le définir. Saint Augustin dans un célèbre passage des Confessions exprime fort bien la difficulté qu’il y a à circonscrire le temps: « Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais. Mais si on me le demande et que je veuille l’expliquer, je ne le sais plus. » Petite promenade dans les pas de quelques philosophes qui ont laissé leurs signatures imprimées sur les chemins du temps.

Une réalité paradoxale
La nature immatérielle du temps le soustrait à toute définition concrète. Infini et universel, en perpétuel mouvement, il nous échappe et la structure temporelle : passé présent et futur signe son irréversibilité, impossible d’inverser la flèche du temps. Le présent, cet instant instable et fugitif coincé entre le passé marqué par les souvenirs et le futur pressenti et annoncé atteste la présence du temps. Saint Augustin affirme l’existence d’un triple présent : le présent du passé, le présent du présent et le présent du futur.

Temporalité subjective
Le temps est changement et devenir. Cette course permanente nourrit la méditation aristotélicienne. Le temps n’est jamais identique à lui-même, il se détruit et se renouvelle à chaque instant. L’expérience du temps se décline sur un mode individuel, chacun éprouve la multiplicité des formes du temps selon le rythme intime des changements successifs de conscience. Bergson appelle durée cette temporalité subjective, il attribue de l’épaisseur au présent par la conscience du vécu comme dynamisme créateur. Husserl aborde également la description d’un temps « en chair et en os » tel qu’il se manifeste dans l’intimité du vécu. Kant inverse le problème considérant que le temps est la condition de toute expérience. Le temps est donc a priori, il conditionne nos expériences et non le contraire.

Heidegger a tenté de dépasser cette opposition entre temps subjectif et temps objectif modifiant profondément la conception traditionnelle du temps. Le philosophe considère le temps non comme une succession d’instants mais comme une relation existentielle constitutive de l’être existant, l’être-là qu’il nomme le Dasein. Le Dasein anticipe ses possibilités d’existence. Il se projette vers le futur, tendu vers sa fin.

Le temps humain
Le temps passe, s’écoule, Merleau-Ponty compare ce flux temporel aux battements du cœur. L’inconstance du temps nous oblige à des réflexions multiformes. Alors que Paul Ricœur  estime que « le temps devient humain dans la mesure où il est articulé sur un mode narratif et que le récit atteint sa signification plénière quand il devient une condition de l’existence temporelle » (Temps et récit).

A l’heure de la vieillesse, le temps révèle sa réalité destructrice, un temps qui oblige au souvenir et ouvre à la certitude angoissée de la fin. Il faut alors toute la sagesse d’un Montaigne pour faire l’éloge de la vieillesse à l’heure où le temps se fait pressant et l’échéance ultime palpable.

Pour en savoir plus 
Petite introduction à la réflexion philosophie du temps sur le site « sosphilo ». (français)
http://www.sosphilo.com/oeuvres_commentees/dossiers/dossier19/temps.html
Petite leçon sur le temps. (français)
http://membres.lycos.fr/tubes/philtemps.htm
Une série d’articles sur le temps rédigés par des augustiniens. (français)
http://www.assomption.org/Ressources/ItinerairesAugustiniens/IA23/SommaireIA23.html
Bergson, Heidegger et l’ontologie du temps sur le site « Philagora ». (français)
http://www.philagora.net/grenier/hyppolite.htm

« Temps et récit » de Paul Ricœur pour professeurs de philosophie et de lettres. (français)
http://pierre.campion2.free.fr/ricoeur.htm

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