« La théorie des nuages » : une épopée céleste
"[...] tout nuage en somme est la métamorphose d'un autre."
"La théorie des nuages" premier livre de Stéphane Audeguy, est présenté comme un roman mais il est plus que cela, un livre, inclassable, trans-genre avec plusieurs niveaux de lecture qui relève tout à la fois de l’histoire des sciences, du conte, du roman d’aventure ou d'exploration. L’écriture d’une grande maîtrise, change sans cesse de forme tout comme le font les nuages, avec légèreté et sans à-coup.
Du nuage de cendre dû à l'explosion du Krakatoa en 1883 au nuage atomique d'Hiroshima, en passant par les cirrus, cumulus ou stratus qu'un certain Luke Howard un jour baptisa, les tribulations des rêveurs de nuages embrassent l'horizon.
L’histoire se présente selon le principe des matriochkas : les récits s’emboîtent, ils en ouvrent et en entrouvrent d’autres, ils entrent en résonance et cet ensemble foisonnant forme un fabuleux récit céleste. 2005, Akira Kumo, styliste japonais de 70 ans (enfant d’Hiroshima) qui fait penser au couturier Issaye Missake, engage une jeune bibliothécaire, Virginie Latour pour classer son immense collection de livres sur la dernière passion de sa vie : les nuages. A travers la vie de ceux qui les ont observés, classifiés, représentés qui ont éprouvé pour eux une passion dévorante, l’étonnante histoire de la météorologie à la manière anglo-saxonne de l’histoire des sciences qui intègre l’humain avec les doutes, les défauts, la folie de tous les chercheurs d’absolu qui la constituent.
L’érudition scientifico-historique n’est jamais pesante, elle relève du poétique plutôt que du didactique. La plume experte, l'écriture inspirée, la narration habilement rythmée, le sujet parfaitement maîtrisé, un vrai bonheur.
A lire toute affaire cessante…