Hommage à un homme de qualité
« La « science » est mère nourricière de la technologie d’où sont issus tous les objets familiers du monde moderne. La science dont parlent couramment nos contemporains n’est plus celle de Newton ou de Lavoisier. C’est elle qui permet d’intervenir directement dans notre quotidien. Le progrès, oui, certes, a un sens clair. Mais le progrès pour qui ? Bravo au progrès pour tous. Mais notre progrès n’est-il pas souvent au bénéfice des nations déjà riches. Un progrès bien partagé du Nord au Sud serait plus enthousiasmant. Quant au bonheur, chacun peut le définir à sa façon. Je suis un peu simpliste à ce propos : lorsque je suis heureux, je dis que je suis heureux. » Hubert Curien, Président de l’Académie des sciences Allocution de clôture du colloque « Bioscience : risques, éthique et droit »
Il y a trois ans, le 6 février 2005 mourait Hubert Curien. A quatre-vingts ans au terme d’une vie exemplaire, cet homme d’exception a tiré sa révérence laissant une communauté scientifique orpheline. Sa mort aurait mérité la une dans les médias, mais il n’était pas médiatique. Si discret et pourtant si présent. Actif jusqu’à la dernière heure, prêtant plus que son nom et son temps à toutes actions qui relevaient de la science et qui faisaient progresser la culture scientifique dans le grand public. Un mouvement qui lui doit sa mise en orbite et à qui il manque déjà.
Un parcours scientifique exceptionnel et prestigieux : normalien, agrégé de physique, docteur es-sciences, directeur scientifique puis directeur général du CNRS, délégué général à la recherche scientifique et technique, président du conseil d’administration du Centre national d’études spatiales ministre chargé de la recherche (1984 à 1986 et 1988 à 1993), président de l’Académie des sciences, pour ne citer que les principales fonctions exercées. Passionné pour la démocratisation des sciences, son nom reste attaché à la Fête de la science.
D’une grande culture et d’un humanisme avéré, il séduisait tous ceux qu’il rencontrait. Une simplicité qui n’était pas une posture, une capacité d’écoute et d’attention à chacun, une parole précieuse, précise et jamais superflue, un humour décapant, un refus des avantages que ses fonctions lui auraient autorisés, un engagement qui n’a jamais faibli, une finesse d’analyse, une faculté d’anticipation et cette capacité rare d’avoir les deux pieds campés dans le présent et le regard tourné vers le futur et ce jusqu’à la fin, un palmarès sans faute, les plus hautes distinctions,…si le clonage avait été possible, il aurait fallu le dupliquer car il était un homme rare, beaucoup trop rare. Tant de qualités réunies en un seul homme, pas étonnant que tous ceux qui l’ont côtoyé aient été profondément et sincèrement peinés.
Merci pour celui que vous avez été. « La diffusion des connaissances est aussi un aspect essentiel des relations Science-Société. Scientifiques, enseignants, journalistes sont également concernés. Nous ne devons pas seulement présenter les faits scientifiques, mais aussi donner à nos interlocuteurs l’envie d’apprendre, la curiosité. Le volume des connaissances va rapidement en croissant. Il faut choisir ce qui est essentiel dans l’ensemble de la connaissance scientifique. L’enseignement encyclopédique est inefficace. Il faut trier, user d’exemples, montrer aussi l’unité profonde de la connaissance qui s’épanouit dans les secteurs les plus divers, de la structure ultime de la matière à celle, complexe, du monde vivant. »
Hubert Curien, Président de l’Académie des sciences Allocution de clôture du colloque « Bioscience : risques, éthique et droit »
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